{"id":364,"date":"2017-07-01T00:08:16","date_gmt":"2017-06-30T22:08:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/?p=364"},"modified":"2020-09-15T20:02:57","modified_gmt":"2020-09-15T18:02:57","slug":"degats-des-neonicotinoides-sur-les-abeilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/degats-des-neonicotinoides-sur-les-abeilles\/","title":{"rendered":"Deux \u00e9tudes \u00e0 grande \u00e9chelle confirment les d\u00e9g\u00e2ts des n\u00e9onicotino\u00efdes sur les abeilles"},"content":{"rendered":"<p>Ces insecticides extr\u00eamement puissants diminuent la fertilit\u00e9 des colonies, augmentent la mortalit\u00e9 et contaminent l\u2019environnement.<!--more--><\/p>\n<p>Ce sont sans doute les derniers clous dans le cercueil des n\u00e9onicotino\u00efdes. Deux \u00e9tudes, l\u2019une britannique, l\u2019autre canadienne, publi\u00e9es vendredi 30 juin par la revue Science, \u00e9teignent les derniers doutes qui pouvaient \u2013 \u00e9ventuellement \u2013 subsister sur les d\u00e9g\u00e2ts occasionn\u00e9s par ces nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d\u2019insecticide agricole sur les pollinisateurs. Introduits dans les ann\u00e9es 1990, les n\u00e9onicotino\u00efdes sont suspect\u00e9s de longue date d\u2019\u00eatre une cause d\u00e9terminante dans le d\u00e9clin mondial des abeilles domestiques, des pollinisateurs sauvages et, indirectement, des oiseaux.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s controvers\u00e9s, ces pesticides sont principalement utilis\u00e9s de mani\u00e8re pr\u00e9ventive, en enrobage des semences : lorsque les plantes trait\u00e9es poussent, tous leurs tissus (feuilles, tiges, pollen, nectar, etc.) s\u2019impr\u00e8gnent du toxique. Conduites \u00e0 une \u00e9chelle in\u00e9dite, les deux nouvelles \u00e9tudes montrent une survie r\u00e9duite des butineuses, une fertilit\u00e9 diminu\u00e9e et une mortalit\u00e9 hivernale augment\u00e9e des colonies d\u2019abeilles domestiques expos\u00e9es en conditions r\u00e9elles \u00e0 deux n\u00e9onicotino\u00efdes, le thiam\u00e9thoxame et la clothianidine. Les observations men\u00e9es sur les pollinisateurs sauvages montrent des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res plus marqu\u00e9s.<\/p>\n<h5>R\u00e9sultat diff\u00e9rent en Allemagne<\/h5>\n<p>La premi\u00e8re exp\u00e9rience, conduite par Ben Woodcock (Centre for Ecology and Hydrology), a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur onze sites diff\u00e9rents, r\u00e9partis dans trois pays \u2013 Allemagne, Royaume-Uni et Hongrie. Et sur chaque site, trois exploitations agricoles ont mis en culture du colza : deux exploitations avaient trait\u00e9 leur culture avec un n\u00e9onicotino\u00efde (clothianidine ou thiam\u00e9thoxame), et une exploitation t\u00e9moin n\u2019en avait pas utilis\u00e9. Plusieurs dizaines d\u2019hectares ont ainsi \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est la plus vaste exp\u00e9rience en plein champ men\u00e9e sur l\u2019impact des n\u00e9onicotino\u00efdes sur les abeilles \u00bb, pr\u00e9cise le biologiste Dave Goulson (universit\u00e9 du Sussex), qui n\u2019a pas particip\u00e9 \u00e0 ces travaux \u2013 peu suspects de biais anti-industrie puisque financ\u00e9s par les agrochimistes Bayer et Syngenta. Dans chaque exploitation, l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de trois esp\u00e8ces de pollinisateur \u2013 l\u2019abeille domestique (Apis mellifera), le bourdon terrestre (Bombus terrestris) et l\u2019osmie rousse (Osmia bicornis), une esp\u00e8ce d\u2019abeille solitaire \u2013 a \u00e9t\u00e9 suivi pendant un \u00e0 deux ans.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-366 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/pesticides-300x200.jpg\" alt=\"pesticides\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/pesticides-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/pesticides.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 300px) 85vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Les effets des traitements \u00e0 base de n\u00e9onicotino\u00efdes d\u00e9pendent de plusieurs facteurs, mais l\u2019impact est globalement n\u00e9gatif. \u00ab Leur impact sur le potentiel reproducteur de ces insectes varie en fonction des esp\u00e8ces et des r\u00e9gions, explique le biologiste Jeremy Kerr (universit\u00e9 d\u2019Ottawa), qui n\u2019a pas particip\u00e9 \u00e0 ces travaux, dans un commentaire publi\u00e9 par Science. Par exemple, la quantit\u00e9 d\u2019abeilles domestiques ouvri\u00e8res survivant \u00e0 l\u2019hiver \u00e9tait plus basse en Hongrie, avec le traitement \u00e0 la clothianidine, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9 en Allemagne. \u00bb<\/p>\n<p>Si les effets observ\u00e9s semblent moindres en Allemagne, c\u2019est peut-\u00eatre, expliquent les auteurs, parce que la proportion de colza butin\u00e9 par les abeilles y a \u00e9t\u00e9 moindre, celles-ci ayant acc\u00e9d\u00e9 dans leur environnement \u00e0 davantage d\u2019autres plantes mellif\u00e8res qu\u2019en Hongrie et au Royaume-Uni. L\u2019exposition par le colza trait\u00e9 a donc sans doute \u00e9t\u00e9 inf\u00e9rieure outre-Rhin.<\/p>\n<p>Mais une autre explication tient peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019indicateur utilis\u00e9, avance Walter Haefeker, pr\u00e9sident de l\u2019Association europ\u00e9enne des apiculteurs professionnels : \u00ab Suivre la quantit\u00e9 d\u2019individus dans les ruches est difficile et peut produire des estimations impr\u00e9cises. En suivant un indicateur bien plus simple, comme le taux de survie des colonies, on voit dans les donn\u00e9es fournies par les auteurs que, m\u00eame en Allemagne, 100 % des colonies non expos\u00e9es survivent, alors que ce n\u2019est pas le cas pour celles qui sont expos\u00e9es. \u00bb En clair, selon M. Haefeker, l\u2019exception allemande n\u2019en serait pas r\u00e9ellement une.<\/p>\n<p>Pour les pollinisateurs sauvages, la situation est sans appel : dans toutes les situations, \u00ab les bourdons produisent moins de reines, et les abeilles solitaires produisent moins de larves lorsque l\u2019exposition aux n\u00e9onicotino\u00efdes est \u00e9lev\u00e9e \u00bb, explique Jeremy Kerr. Cette exposition n\u2019est d\u2019ailleurs pas seulement le fait de l\u2019exp\u00e9rience conduite : elle provient aussi de l\u2019impr\u00e9gnation de l\u2019environnement.<\/p>\n<h5>Ruche exp\u00e9rimentale<\/h5>\n<p>\u00ab Un autre r\u00e9sultat tr\u00e8s important de ce travail est que les auteurs retrouvent de l\u2019imidaclopride partout, m\u00eame lorsque les cultures n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es avec cette mol\u00e9cule, confirmant les travaux r\u00e9cents de l\u2019\u00e9quipe Ecobee, en France, dit G\u00e9rard Arnold, directeur de recherche \u00e9m\u00e9rite au CNRS et sp\u00e9cialiste de ces questions. Sa longue persistance conduit \u00e0 une contamination des sols et des cultures ult\u00e9rieures, ce qui est pr\u00e9occupant, en particulier pour les insectes pollinisateurs. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres recherches r\u00e9centes, confirme Dave Goulson, \u00ab ont montr\u00e9 que les n\u00e9onicotino\u00efdes contaminent fr\u00e9quemment les fleurs sauvages \u00bb. Ces contaminations restent \u00e0 l\u2019\u00e9tat de traces, mais ces substances sont parmi les plus efficaces jamais mises au point. Un seul gramme d\u2019imidaclopride peut, par exemple, tuer autant d\u2019abeilles qu\u2019environ 7 kilogrammes du c\u00e9l\u00e8bre DDT\u2026<\/p>\n<p>La seconde \u00e9tude publi\u00e9e par Science, elle, a \u00e9t\u00e9 conduite dans deux r\u00e9gions de ma\u00efsiculture canadiennes. Les chercheurs, conduits par Nadejda Tsvektov (universit\u00e9 de York \u00e0 Toronto, Canada), ont \u00e9tudi\u00e9 les colonies de onze ruchers, certains proches des champs de ma\u00efs trait\u00e9s avec de la clothianidine, d\u2019autres \u00e9loign\u00e9s de plusieurs kilom\u00e8tres. Bien que le ma\u00efs soit pollinis\u00e9 par le vent et non par les insectes pollinisateurs, les colonies proches des exploitations \u00e9taient plus expos\u00e9es aux n\u00e9onicotino\u00efdes que les colonies \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Les auteurs ont trouv\u00e9 un cocktail de vingt-six pesticides, dont quatre n\u00e9onicotino\u00efdes, dans les colonies proches ou \u00e9loign\u00e9es des champs \u00bb, \u00e9crit Jeremy Kerr. Mais les colonies proches des champs ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 un plus grand nombre de mol\u00e9cules, et pendant des p\u00e9riodes plus longues, que celles qui en \u00e9taient \u00e9loign\u00e9es. L\u00e0 encore, une bonne part de l\u2019exposition se fait par l\u2019interm\u00e9diaire des fleurs sauvages, contamin\u00e9es par les traitements agricoles.<\/p>\n<p>Les chercheurs canadiens ont ensuite cherch\u00e9 \u00e0 distinguer l\u2019effet de la clothianidine des effets des autres substances d\u00e9tect\u00e9es. Ils ont introduit dans une ruche exp\u00e9rimentale non trait\u00e9e des abeilles ayant \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 du pollen contamin\u00e9 \u00e0 la clothianidine. En les marquant avec des micropuces \u00e9lectroniques, ils ont pu observer leurs diff\u00e9rences. En moyenne, leur esp\u00e9rance de vie \u00e9tait r\u00e9duite d\u2019un quart et leur comportement diff\u00e9rait de celui des individus non expos\u00e9s, au point de mettre en p\u00e9ril la p\u00e9rennit\u00e9 de la colonie.<\/p>\n<p>\u00ab Ce r\u00e9sultat sugg\u00e8re que l\u2019exposition aux n\u00e9onicotino\u00efdes pourrait aider \u00e0 expliquer le syndrome d\u2019effondrement des colonies \u00bb, d\u00e9crypte Jeremy Kerr. A la lumi\u00e8re de ces nouveaux travaux, conclut Dave Goulson, \u00ab il est devenu intenable de continuer \u00e0 affirmer que l\u2019utilisation agricole des n\u00e9onicotino\u00efdes n\u2019endommage pas les abeilles sauvages et domestiques \u00bb.<\/p>\n<p><em>Source: St\u00e9phane Foucart | LE MONDE | 29.06.2017<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces insecticides extr\u00eamement puissants diminuent la fertilit\u00e9 des colonies, augmentent la mortalit\u00e9 et contaminent l\u2019environnement.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[21],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/364"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=364"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":547,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/364\/revisions\/547"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.alchimiedesbougies.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}